25 avril 2012

Sonja Braas

© Sonja Brass, "Tornado", 2005
© Sonja Brass, "Lava Flow", 2005
© Sonja Braas, #26, de la série "You Are Here

"The Quiet of Dissolution" est une série sur le thème des catastrophes naturelles. Toutes apocalyptiques soient-elles, les images de tempête de glace, de volcan en éruption, de forêt en feu que nous offre Sonja Braas nous fascinent. Tout dans ces photographies est étrangement calme et serein. On peut pertinemment se demander comment la photographe a fait pour saisir des images dans de pareilles conditions. Ces photographies ne sont en fait que des trompe-l'oeil. Sonja Braas a recréé avec une précision extraordinaire des scènes de catastrophes dans son studio comme autant de modèles sensationnels de la réalité. Des scènes fictives de cette Nature incontrôlable mais qui, dans les images, ne semble pas nous menacer. Le tourbillon de la tornade occupe le centre de l'image et semble s'équilibrer naturellement selon la règle du nombre d'or. Les touches rutilantes de magma en fusion se répandent harmonieusement à la surface du volcan. A la manière des peintres du XVIIIème, Sonja Brass subordonne la réalité de la nature à sa représentation idéale.

Pour la série "You are here", la photographe avait déjà recréé des images artificielles de la nature en juxtaposant au premier plan un élément de nature "manufacturée" (telle qu'on peut la trouver dans les zoos ou les jardins botaniques) et, en arrière fond, une photographie d'un paysage bien véritable et naturel. Comment distinguer le vrai du faux ? Encore une fois, la confusion l'emporte. Derrière des brumes vaporeuses, Sonja Braas brouille les pistes, nous confronte à la représentation d'une représentation et nous y abandonne en nous soufflant comme seul indice : "vous êtes ici".

Sonja Braas est née à Siegen (Allemagne) en 1968. 
Elle est représentée en France par la galerie Xippas
Elle vit et travaille entre New York et l'Allemagne.

16 avril 2012

Fotobook Festival du 20 au 22 avril













La cinquième édition du Festival du Livre de Photographie de Kassel aura lieu au BAL du 20 au 22 avril 2012. Le livre est un support privilégié pour appréhender le travail d'un photographe. En plus des images, on peut apprécier les choix que le photographe a fait avec l'éditeur (lorsqu'il ne s'agit pas d'une auto-production) pour la mise en page, les correspondances des images entre elles, la place donnée au texte et... le papier. La matière. Car, contrairement aux expositions (où l'on ne touche qu'avec les yeux) le livre a cela de merveilleux : il est encore fait pour être pris entre nos mains. Toucher, feuilleter, dérouler les images de droite à gauche ou du nord au sud. S'évader comme il nous plaira. Au programme, des rencontres, des signatures, des conférences, la remise du prix Dummy Award et un marché du livre. On devrait trouver pendant ces trois jours quelques bijoux.

LE BAL (6, impasse de la Défense 75018 / Métro Place de Clichy)
Infos et programme des conférences : www.le-bal.fr

A l'occasion du festival, Magnum Gallery organise une exposition de livres uniques des photographes de Magnum. A voir jusqu'au 5 mai.

7 avril 2012

La BIP de Liège 2012

© JH Engström, "Radom", 2000, de la série "Trying to Dance"

























© Nan Goldin, "Heart shape bruise", NYC, 1980


















© FX Courrèges, image extraite de "Another Paradise", 2005




















Liège, ses maisons en briques, ses parcs industriels, ses usines de métallurgie... Oui, mais le temps d'un printemps, la ville belge souffle des airs de ballades amoureuses. Et ça lui va bien ! La 8ème édition de la Biennale Internationale de la Photographie de Liège se consacre à un thème des plus porteurs : l'Amour. L'exposition phare "ONLY YOU ONLY ME" se déroule au Mamac et rassemble les oeuvres de quelques incontournables de la photographie. Amour tendre ? Amour vache ? L'ambivalence est bien l'un des moteurs de l'exposition: la légèreté de l'amour cède parfois la place à la difficulté d'aimer et d'être aimé.

Nan Goldin est à l'honneur avec une projection de son oeuvre majeure "The Ballad of Sexual Dependency". Indissociables de l'univers personnel de l'artiste, les images de Nan Goldin sont des cris. Des cris d'amour, de don de soi, d'espoir et de désespoir. La série "Trying to Dance" du suédois JH Engström offre le journal intime du photographe depuis 1990 : paysages, natures mortes, autoportraits et snap-shots deviennent spontanément des documents narratifs, enregistrant l'expérience individuelle de l'artiste mais aussi, dans une acception plus large, une communion dans son rapport au monde. Les portraits d'Erwin Olaf donnent à voir des personnages abattus, glacés dans leur solitude, dans l'attente inexorable de l'autre. Calculé au millimètre près, le décor de la série "Grief" est inspiré des années 50 et redouble inéluctablement l'effet de temps suspendu. Dans la série "Moires" d'Eric Rondepierre, les corps et les visages sont métamorphosés par les traces du temps sur la pellicule. Pour "Another Paradise", François-Xavier Courrèges a filmé pendant des mois un couple d'inséparables, ces petits perroquets dont on dit qu'ils ne peuvent vivre l'un sans l'autre. On les voit vivre leur vie, se rapprocher, s'unir, se bécoter... jusqu'au déchirement où la vidéo prend toute son intensité dramatique. Contre toute attente, les deux volatiles nous renvoient à des sentiments bien anthropomorphes. Les bêtes nous touchent encore dans la série de Miyako Ihara : la japonaise révèle l'histoire d'amour qui lie une vieille femme et son chat. Les petits bonheurs du quotidien exprimés dans les photographies de famille de Chris Verene se transforment peu à peu en habitudes, en lassitudes dans les mises en scène sombres d'une vie de couple par Jean-Claude Delalande.

© Hervé Guibert, Autoportrait, New York, 1981
















© Sabine Koe, de la série "Essentials", 2009



















© Lara Gasparotto, Liège, 2010




















Le ton de l'exposition "A fleur de peau" est donné d'emblée par les photographies de l'écrivain Hervé Guibert (mort en 1991 et dont on a pu voir l'oeuvre exposée à la MEP en 2011). Le lieu ("Les Brasseurs") a le charme et l'énergie d'une maison de campagne et nous réserve une immersion soudaine dans une sensualité intime, charnelle et mélancolique. Dans un travail sincère et pudique à la fois, Sabine Koe nous livre un portrait de sa vie de couple. Le cordon du déclencheur apparait dans la plupart de ces photos tendres, qui nous sont données comme une confidence. Anne-Catherine Chevalier a pris des portraits de mères et filles dans lesquels on peut déceler avec fascination quelques éléments bien visibles ou au contraire quasi-imperceptibles de l'hérédité féminine maternelle. Enfin, le dernier escalier nous mène sous les combles où sont exposées les photographies de Lara Gasparotto, jeune liégeoise de 23 ans. L'hétérogénéité de son travail rejoint celui de la présentation (noir et blanc, couleur, diversité des formats, impression sur papier et sur tissu). Corps dévoilés avec pudeur ou exhibés insolemment, paysages à la fraicheur matinale ou cris perdus dans la nuit. La volupté de l'instant l'emporte dans ces images d'instants instables de jeunes gens posés sur le bord tranchant de l'âge adulte.

© Martine Stig, de la série "After", 1998

























Pour l'exposition "From Holland with Love" à l'Ecole Supérieure des Arts, la photographie hollandaise est à l'honneur regroupant des artistes contemporains autour de la figure phare d'Ed Van Der Elsken. Martine Stig livre des portraits de couples pris sur le vif, juste après l'acte. La vidéo "Love Bites" de AP Komen et Karen Murphy propose un format original du roman photo : les photographies défilent comme dans un diaporama classique mais avec la voix des acteurs en bande sonore. Les sous titres incrustés dans l'image amplifient la tension dramatique de la dispute amoureuse. Sur un ton plus décalé et se délectant du registre kitch, la revue Useful Photography propose un florilège croustillant de photos de mariages d'aujourd'hui. Des pièces montées sensationelles, des voitures savamment décorées, des brochettes de demoiselles d'honneur trônant dans leurs robes identiques, et puis l'immanquable photo du baiser, insérée sur fond de cascades artificielles mais reluisantes... car c'est bien là le principal : saisir l'inoubliable et pourvu que ça brille !

© Miroslav Tichy, sans titre, date inconnue





















Parmi les autres lieux d'expositions de la ville, on flanera dans les galeries du Off et on s'arrêtera au MAD Musée (lieu dédié à la mise en valeur des travaux d'artistes "outsiders") pour apprécier l'oeuvre si singulière de Miroslav Tichy, artiste tchèque marginal et monomane, qui bricolait lui-même ses appareils et traquait à la dérobée des photographies de femmes dans la ville, dans les parcs, au travers des grillages de la piscine municipale, constituant ainsi sa collection insolites de femmes érotisées et fantasmatiques.

Le parcours photographique offert par la BIP de Liège n'est pas uniquement destiné à faire image ni à livrer une vérité lisse mais plutôt à capter l'invisible, l'indicible : ce qui nous emporte et ce qui nous bouleverse.

Expositions jusqu'au 6 mai 2012
Programme complet de la biennale sur www.bip-liege.org