7 avril 2012

La BIP de Liège 2012

© JH Engström, "Radom", 2000, de la série "Trying to Dance"

























© Nan Goldin, "Heart shape bruise", NYC, 1980


















© FX Courrèges, image extraite de "Another Paradise", 2005




















Liège, ses maisons en briques, ses parcs industriels, ses usines de métallurgie... Oui, mais le temps d'un printemps, la ville belge souffle des airs de ballades amoureuses. Et ça lui va bien ! La 8ème édition de la Biennale Internationale de la Photographie de Liège se consacre à un thème des plus porteurs : l'Amour. L'exposition phare "ONLY YOU ONLY ME" se déroule au Mamac et rassemble les oeuvres de quelques incontournables de la photographie. Amour tendre ? Amour vache ? L'ambivalence est bien l'un des moteurs de l'exposition: la légèreté de l'amour cède parfois la place à la difficulté d'aimer et d'être aimé.

Nan Goldin est à l'honneur avec une projection de son oeuvre majeure "The Ballad of Sexual Dependency". Indissociables de l'univers personnel de l'artiste, les images de Nan Goldin sont des cris. Des cris d'amour, de don de soi, d'espoir et de désespoir. La série "Trying to Dance" du suédois JH Engström offre le journal intime du photographe depuis 1990 : paysages, natures mortes, autoportraits et snap-shots deviennent spontanément des documents narratifs, enregistrant l'expérience individuelle de l'artiste mais aussi, dans une acception plus large, une communion dans son rapport au monde. Les portraits d'Erwin Olaf donnent à voir des personnages abattus, glacés dans leur solitude, dans l'attente inexorable de l'autre. Calculé au millimètre près, le décor de la série "Grief" est inspiré des années 50 et redouble inéluctablement l'effet de temps suspendu. Dans la série "Moires" d'Eric Rondepierre, les corps et les visages sont métamorphosés par les traces du temps sur la pellicule. Pour "Another Paradise", François-Xavier Courrèges a filmé pendant des mois un couple d'inséparables, ces petits perroquets dont on dit qu'ils ne peuvent vivre l'un sans l'autre. On les voit vivre leur vie, se rapprocher, s'unir, se bécoter... jusqu'au déchirement où la vidéo prend toute son intensité dramatique. Contre toute attente, les deux volatiles nous renvoient à des sentiments bien anthropomorphes. Les bêtes nous touchent encore dans la série de Miyako Ihara : la japonaise révèle l'histoire d'amour qui lie une vieille femme et son chat. Les petits bonheurs du quotidien exprimés dans les photographies de famille de Chris Verene se transforment peu à peu en habitudes, en lassitudes dans les mises en scène sombres d'une vie de couple par Jean-Claude Delalande.

© Hervé Guibert, Autoportrait, New York, 1981
















© Sabine Koe, de la série "Essentials", 2009



















© Lara Gasparotto, Liège, 2010




















Le ton de l'exposition "A fleur de peau" est donné d'emblée par les photographies de l'écrivain Hervé Guibert (mort en 1991 et dont on a pu voir l'oeuvre exposée à la MEP en 2011). Le lieu ("Les Brasseurs") a le charme et l'énergie d'une maison de campagne et nous réserve une immersion soudaine dans une sensualité intime, charnelle et mélancolique. Dans un travail sincère et pudique à la fois, Sabine Koe nous livre un portrait de sa vie de couple. Le cordon du déclencheur apparait dans la plupart de ces photos tendres, qui nous sont données comme une confidence. Anne-Catherine Chevalier a pris des portraits de mères et filles dans lesquels on peut déceler avec fascination quelques éléments bien visibles ou au contraire quasi-imperceptibles de l'hérédité féminine maternelle. Enfin, le dernier escalier nous mène sous les combles où sont exposées les photographies de Lara Gasparotto, jeune liégeoise de 23 ans. L'hétérogénéité de son travail rejoint celui de la présentation (noir et blanc, couleur, diversité des formats, impression sur papier et sur tissu). Corps dévoilés avec pudeur ou exhibés insolemment, paysages à la fraicheur matinale ou cris perdus dans la nuit. La volupté de l'instant l'emporte dans ces images d'instants instables de jeunes gens posés sur le bord tranchant de l'âge adulte.

© Martine Stig, de la série "After", 1998

























Pour l'exposition "From Holland with Love" à l'Ecole Supérieure des Arts, la photographie hollandaise est à l'honneur regroupant des artistes contemporains autour de la figure phare d'Ed Van Der Elsken. Martine Stig livre des portraits de couples pris sur le vif, juste après l'acte. La vidéo "Love Bites" de AP Komen et Karen Murphy propose un format original du roman photo : les photographies défilent comme dans un diaporama classique mais avec la voix des acteurs en bande sonore. Les sous titres incrustés dans l'image amplifient la tension dramatique de la dispute amoureuse. Sur un ton plus décalé et se délectant du registre kitch, la revue Useful Photography propose un florilège croustillant de photos de mariages d'aujourd'hui. Des pièces montées sensationelles, des voitures savamment décorées, des brochettes de demoiselles d'honneur trônant dans leurs robes identiques, et puis l'immanquable photo du baiser, insérée sur fond de cascades artificielles mais reluisantes... car c'est bien là le principal : saisir l'inoubliable et pourvu que ça brille !

© Miroslav Tichy, sans titre, date inconnue





















Parmi les autres lieux d'expositions de la ville, on flanera dans les galeries du Off et on s'arrêtera au MAD Musée (lieu dédié à la mise en valeur des travaux d'artistes "outsiders") pour apprécier l'oeuvre si singulière de Miroslav Tichy, artiste tchèque marginal et monomane, qui bricolait lui-même ses appareils et traquait à la dérobée des photographies de femmes dans la ville, dans les parcs, au travers des grillages de la piscine municipale, constituant ainsi sa collection insolites de femmes érotisées et fantasmatiques.

Le parcours photographique offert par la BIP de Liège n'est pas uniquement destiné à faire image ni à livrer une vérité lisse mais plutôt à capter l'invisible, l'indicible : ce qui nous emporte et ce qui nous bouleverse.

Expositions jusqu'au 6 mai 2012
Programme complet de la biennale sur www.bip-liege.org